6. ROMARIC, saint patron de Grandvillers      (paru dans BM n°8 de juillet 1999)

En l'an 620, Romaric, fils de Romulphe et noble à la cour du Roi d'Austrasie Théodebert, abandonne richesses et notoriété pour se retirer avec son ami Amé, qui l'a converti à la vie religieuse, sur le mont Habend dans les Vosges. Fuyant les tumultes et les rivalités des princes francs, les deux hommes fondent alors, dans ce lieu particulièrement sauvage et froid, un monastère où une double communauté va survivre, loin de tout, dans des conditions d'humilité et de précarité extrêmes…

Deux siècles plus tard (818), les moines et moniales, successeurs desdisciples de Romaric et Amé, abandonnent la montagne pour venir s'établir sur la rive  gauche de la Moselle et fonder un nouveau monastère, de là naîtra la ville de Remiremont (Romari-Mont).     

Il est aujourd'hui, généralement admis que le leude*  Romaric en venant s'isoler au Saint-Mont, ne s'est pas débarrassé de la totalité de ses immenses biens familiaux et qu'il avait gardé 1400 menses (terres agricoles et forestières) éparpillés dans le sud de l'Austrasie et le nord de la Bourgogne. 

Ces possessions furent données au monastère et constituèrent donc les biens primitifs de la future abbaye. DIDELOT (curé et écrivain du XIX° siècle) rapporte, dans une de ses notes, que la sonrière* du Chapitre de Remiremont  était un des seigneurs voués à Grandvillers parce que cette paroisse était un des 52 bans que St Romaric donna au Chapitre en 620.                  

                  Il est donc probable qu' un groupe de fermes  

franques  (mense) ait existé sur le territoire de notre village,

que ces serfs ont été les vassaux de la famille de Romaric

avant que celui-ci ne cède toutes ses terres aux religieux

du mont Habend.…

 Ces considérations expliquent pleinement les relations

privilégiées et dévouées de Grandvillers d'une part avec

St-Romaric, d'autre part avec les abbesses de Remiremont

tout au long de son histoire.

En premier fait, les églises successives du village ont

de tout temps été consacrées à St Romaric. Tous les textes

ecclésiastiques de la paroisse en font référence. Ce n'est qu'à l'aube du XX° siècle que les autorités religieuses, on ne sait pour quelle raison, décident de dédier l'église du village à "Notre-Dame de la Nativité"…

Mais le témoignage de la sainte dévotion au fondateur de Remiremont réside aussi dans la présence de reliques: un radius (qui semble avoir été vénéré de longue date dans notre village…R.ROY/1887) et un fragment de côte de 7 cm (donation du 20/11/1883). Ces ossements se trouvent dans un retable sur l'autel  spécialement consacré à St Romaric derrière lequel un magnifique vitrail

représente le saint homme, protecteur de Grandvillers,

St Amé et tous leurs premiers disciples (St Adelphe,

Ste Gébertrude, Ste Claire).     

   Une autre preuve très importante de cet ancien culte 

est la découverte dans les années 70 d'une statue

dissimulée dans le mur du pignon d'une vieille maison  

du Faing du Bois. Cette magnifique sculpture en bois, 

de 80 cm de haut, a été datée  du XV° siècle et  représente

un homme coiffé d'une toque et vêtue d'une houppelande, 

tenant une église dans sa main gauche. Ce trésor

archéologique est donc bien l'image typique de Romaric 

telle qu' il est connu par d'autres figurines (avec toujours

l'église primitive St Pierre tenue du côté G). Il a été emmuré 

sans doute pour le protéger des incendiaires de la

Révolution ou, comme le pense son propriétaire actuel,

des sévices de la guerre de 30 ans…   

Ainsi donc Grandvillers, vénérant au travers du temps son

premier seigneur, continua à payer impôts et tributs

(héritage du "cens" initial) à ses successeurs et à leur vouer

une totale allégeance. Le noble Chapitre de Remiremont

restera, en effet,  jusqu'en 1789 le seul maître des lieux que ce soit sur le plan religieux, administratif ou judiciaire.

 
                                                                17-12-1998

Chronique  n° 6